La baignade


1935.

Quand il faisait bien chaud, papa nous emmenait en bicyclette sur les bords du Cher, pour une baignade.

Annie et les trois grandes prenaient leurs vélos. Pour moi, papa installait un coussin sur la barre de sa bicyclette. Ce n’était pas très confortable, mais dans ce temps-là on était moins difficile sur les moyens de transport.

On faisait quelques kilomètres pour trouver un coin à l’ombre où la rivière était suffisamment profonde pour s’y baigner et pas assez rapide pour s’y noyer.

Il y avait des pierres en quantité, que l’on soulevait pour y trouver des écrevisses. En général, elles avaient le temps de disparaître pendant que se dissipait le petit nuage de terre provoqué par le mouvement de la pierre.

J’ai souvenir d’une aventure "épique" survenue au cours d’une de ces promenades.

Nous avions laissé les vélos et les vêtements sur le bord et, traversant un petit bras du Cher, nous nous trouvions sur une petite île, nous amusant dans l’eau et les rochers.

Nous profitions agréablement de la fraîcheur de l’eau, des buissons nous cachaient l’autre rive.

Soudain... papa tendit l’oreille à des piétinements et des meuglements qui semblaient tout proches.

Panique et désespoir !!! Un troupeau de vaches, sans doute habitué à venir se désaltérer à cet endroit, avait envahi le terrain et s’avançait vers nous, nous coupant la retraite.

Je n’étais pas du tout rassurée, mais les bêtes, assez calmes dans l’ensemble, nous permirent de regagner notre port d’attache.

Il était temps d’arriver pour faire une belle découverte !!!... Ces pacifiques ruminants, suivant leur chemin quotidien, avaient tranquillement marché sur les bicyclettes situées sur leur passage. Quelques rayons des roues avaient souffert de leurs piétinements.

Avec horreur Annie aperçut soudain une vache fort occupée à déguster...un de ses bas !

C’était comique de voir la vache essayant d’avaler cette chose longue qui n’avait sans doute pas le bon goût de l’herbe et qui lui pendait à la bouche !

Nous fûmes obligés d’abandonner le bas à la vache et celle-ci ...à sa digestion difficile.

Mais Annie ne riait pas... un dilemme se posait à elle : fallait-il rentrer sans bas ou bien avec un seul bas ? Que dirait sa mère à son arrivée ?

Car dans ce temps-là, il n’était pas question pour une jeune fille de se promener jambes nues, même en plein été et en pleine campagne !!!

Un peu anxieuse, Annie s’était quand même décidée pour la solution "sans", quand même plus élégante pour l’apparence. Mais il ne lui fallait pas moins que le garant de papa, qui riait ferme, pour persuader tante Bellèle que l’aventure était réelle.

Un bas était un bas !!! et des mollets de jeune fille de la Bonne Société ne devaient pas se montrer "nus" aux bois et aux champs.

Finalement, tante Bellèle se montra compréhensive (bien forcée !) et l’histoire fit bien rire !!!

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