Le petit Grégoire


1935.

"La maman du petit homme, lui dit un matin ...

A 16 ans t’es haut tout comme notre huche à pain..."

Ca y est ! Papa est réveillé et le claironne à toute la maisonnée !

Botrel n’a sans doute pas prévu toutes les "hypersensibles" dont il émaille sa chanson préférée. Telle qu’elle est, j’aime bien la chanson du Petit Grégoire et papa la connait en entier.

Du fond de mon petit lit, je faufile mon regard à travers les barreaux pour regarder papa faire sa toilette.

D’abord il sort son blaireau et le savon à barbe.

A force de tourner l’un sur l’autre, la mousse abonde bientôt sur le gros pinceau et en avant pour le badigeon en blanc de toute la figure, jusque derrière les oreilles.

La chanson, cependant, continue, Grégoire désespéré d’être trop petit et bon à rien, a fini par "entrer en campagne avec Jean Chouan."

Le rasoir glisse dans la crème ; moi je grimpe dans le lit de papa pour prendre sa place et contempler la situation de plus haut.

Je suis aussi plus à la hauteur pour étrenner la belle joue toute neuve sur laquelle je claque un gros baiser !

Et puis, fascinée, je regarde papa essuyer méticuleusement son rasoir mécanique.

Chaque pièce, à son tour, est lavée dans la cuvette et essuyée précautionneusement avec un mouchoir de fil tout usé à force de servir quotidiennement.

Bon ! Je respire ! Papa ne s’est pas coupé avec la lame ! Hélas ! Grégoire, lui, a reçu une balle en plein front, malgré sa petite taille qui, jusqu’ici le préservait.

Papa s’habille maintenant en finissant la chanson.

Au moment où il attache ses fixe-chaussettes, Grégoire a des démêlés avec St Pierre qui ne veut pas de lui au Paradis, toujours à cause de sa taille !!!...

Mais, au moment de poser la cravate, tout s’arrange pour mon héros, car Jésus "entr’ouvre son manteau rose pour qu’il s’y cache" en disant :

"Mon ciel de Gloire, sa vérité je vous le dis, est pour les petits" Dame oui !!!...

La chanson s’est bien terminée, comme à l’habitude et je file dans la chambre de tante Bellèle pour lui dire bonjour et réveiller Annie.

Un autre rite commence : blotties l’une contre l’autre, nous rions bien fort aux aventures saugrenues de Simplicie et Innocent Gargilier, les Deux Nigauds de la Comtesse de Ségur.

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