Sur la terrasse

Parfois, il faisait si chaud après le déjeuner, que nous n’avions même pas le courage de courir dans les allées ou d’aller jouer à la cabane ; nous restions sur la terrasse, effondrées dans les grands fauteuils en rotin.


1932.


Tante Bellèle et Annie faisaient une "crapette" et s’envoyaient des injures quand l’une posait ses cartes dans la case de l’autre !

Grand-mère prenait un ouvrage de couture et nous, nous ne faisions rien...

Mais... avant d’avoir eu le temps de commencer, notre "farniente" se terminait avec une petite phrase de Grand-mère :

"Ne reste donc pas là à ne rien faire ! Prends ton canevas."

Finie la douceur de vivre ! Nous n’avions pas senti le vent venir et nous étions bloquées pour l’après-midi devant un carré de tapisserie avec une grosse aiguille et du coton perlé.

Il fallait faire des rangs et des rangs de points simples, puis croisés.

On pouvait varier les couleurs car la "poubelle" à couture de Grand-mère révélait d’inombrables pelotes de coton.

Quand on avait fait un certain nombre de rangées, on pouvait se lancer dans les carrés ou les rectangles en alternant les coloris.

Combien de fois ai-je rêvé aux canevas dessinés d’animaux ou de personnages que l’on voyait dans les merceries ! Mais Grand-mère était intraitable, elle avait une provision de canevas tout blancs qu’elle imposait à notre "ardeur" !!!

Tante Bellèle avait une trousse de couture, faite par elle, avec des petits carreaux bleus et jaunes. C’était le but auquel j’aspirais. Mais quand je comptais les carreaux qui la composaient et le temps passé à faire un carreau !!! Le découragement me prenait, car je pensais qu’il ne fallait pas moins d’une vie entière pour venir à bout d’une telle besogne !!!

Enfin, la bienheureuse heure du goûter arrivait et offrait un entr’acte apprécié à notre dur labeur.

Notre pain d’une main et notre biberon de sirop de l’autre, nous trouvions un prétexte pour nous faufiler derrière la maison.

De là nous courions à la cabane et faisions la sourde oreille aux appels.

Pour ce jour-là, la corvée était terminée.

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