Mais la grande fête, c’était les Grandes Vacances ! Nous arrivions à Bellon pour deux grands mois de bonheur ; même si, vers la fin du séjour, l’ennui aidant, nous aspirions à retrouver les cousins au Petit Serrant.

Pendant que Maman et Marie défaisaient les malles, nous prenions possession de notre domaine.

Papa était réquisitionné de toute urgence pour installer dans la cabane les rideaux qui allaient séparer en quatre « pièces » ce haut lieu de nos amusements.

Nous faisions ménage deux par deux et cette fois la séparation n’était pas en "grandes" et en "petites". Solange allait avec Guite et moi j’étais avec Françoise.

Nous installions les poupées dans leurs meubles et en avant ! Pour la ritournelle des dinettes et autres jeux inépuisables pour nous dans ce domaine.

Pour préparer les "repas", nous allions en reconnaissance dans le potager pour ramasser des prunes et grapiller quelques grains de raisin.

Les fraises aussi avaient notre faveur, car elles étaient dans un coin du potager et au ras du sol. On nous voyait moins !

Car il fallait déployer des ruses de Sioux !

D’abord, il fallait arriver à atteindre l’allée de la serre froide sans qu’une grande personne nous aperçoive depuis la terrasse.

Ensuite il y avait le cocher qui pouvait nous voir de l’écurie. Puis le jardinier... mais ceux-là n’étaient pas terribles.

Parfois, en plein milieu de notre "expédition" nous entendions soudain la voix de tante Bellèle qui arrivait le panier au bras pour faire la cueillette de la journée.

Quelle panique !...

Heureusement il y avait dans le potager trois rangs de vigne qui couraient sur la moitié de la longueur du terrain. Ces rangées, espacées de cinquante centimètres à une extrémité, se rapprochaient insensiblement jusqu’à se toucher à l’autre bout. C’était une cachette idéale, car à l’endroit le plus étroit, l’épaisseur du feuillage devenait plus dense et arrivait très bien à nous dissimuler entièrement.

Que de fois nous sommes restées ainsi tapies comme des lapins dans leur trou pendant que tante Bellèle passait à deux pas de nous.

Jusqu’à quel point était-elle dupe ? Je ne sais, car l’ennemi de nos fantaisies c’était plutôt Papa et nous avions pas mal de "complices" contre ses volontés.

Je ne comprends du reste pas pourquoi on ne m’a pas laissée manger tout le raisin dont j’avais envie, alors qu’on me soignait à perpétuité pour une constipation chronique !...

Certains jours c’était la fête et on allumait la "petite cuisinière" !

Un bijou ce petit fourneau en fonte qui marchait à merveille comme un grand. On enfilait le tuyau et on le bourrait de petit bois. Et ça ronflait !...

Mais on pouvait dire en parodiant un proverbe célèbre "si tu veux avoir les crèpes, il faut d’abord avaler la fumée" !

Enfin, après un peu de patience, le feu brûlait clair et nous pouvions faire des crèpes dans une minuscule poëlele en fer.

Quand la pile était assez importante, nous allions à la cuisine quémander aux domestiques un peu de "Houblon" pour arroser notre festin. C’était la boisson attribuée au personnel, une sorte de piquette acide, mais pour nous c’était le "nec plus ultra" puisqu’elle n’avait pas cours à la salle à manger.

Parfois, en plus des crèpes, nous faisions cuire un "gâteau". Cela se produisait quand, tante Bellèle ayant fait une tarte pour le dessert, elle nous octroyait généreusement les rognures de pâte.

Mais les grandes personnes qui venaient parfois rôder autour des cuisinières en herbe nous laissaient généreusement leur part de ce gâteau, préférant de beaucoup repartir en mangeant une crèpe.

C’était déjà plus digeste !!!

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